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Maroc et musiques du monde, expérience estivale 2006…
par Soufia Benjour
Des odeurs très fortes aussi. Odeurs d'égouts dans les ruelles en dehors de la Médina. Top - Festival d'Essaouira - Festival Rawafid à Casablanca - Festival Timitar à Agadir Le festival Gnaoua d'Essaouira. Musiques du monde du 22 au 25 juin. Sa réputation n'est plus à faire. Ce festival en est à sa 9 ème édition avec une programmation qui organise la rencontre entre un groupe Gnaoua dirigé par un Maâlem et des musiciens de grande renommée sur la scène internationale. "Une programmation tournée vers des racines musicales essentielles, un retour aux sources du jazz et du blues" lors de concerts gratuits sur 3 scènes en plein air et quelques concerts payants, plus intimes dans l'une des petites salles de la ville. Le Maâlem (maître) est le leader d'un groupe essentiellement composé d'instruments rythmiques. L'instrument du Maâlem est le guembri. Il s'agit d'une basse traditionnelle à 3 cordes. Une caisse fabriquée dans du bois de figuier ou de saule est recouverte d'une peau de chèvre, utilisée comme percussion qui complète le jeu de cordes. Les rythmes répétitifs de la musique Gnaoua trouvent leur source dans différents pays d'Afrique noire d'où étaient issus les esclaves : le Ghana, le Mali, le Nigéria, le Sénégal et le Soudan. Essaouira était Mogador ; une ville côtière construite à l'intérieur d'un mur d'enceinte ; elle est pleine de charmes. Des ruelles étroites s'entrecoupent et dessinent un labyrinthe qui vous fera perdre le nord. A vous d'y trouver vos repères… A la recherche d'un bon petit déjeuner, je découvre les lieux et me retrouve assez rapidement à Dar Saouiri où le programme est affiché en grand sur la façade. Deux soirées mémorables au cours desquelles, petit à petit, au fil des improvisations, les cultures se mêlent et fusionnent, le charme opère et nous sommes transportés. Nous, les milliers de spectateurs dont seulement 10% (+/-) sont occidentaux. Programmation non exhaustive : Scott Kinsey, Saïd El Abdallaoui, Rhani Krija, Matthieu Michel, Yéyé Kanté, Stefano Di Battista quartet, Aly Keita (balafon - Mali), Ba Cissoko (kora - Guinée), Gaâda Diwane de Béchar (Algérie), Mahr Ali et Sher Ali avec l'ensemble Qawali (Pakistan), Rachid Taha, …croisent chacun un des Maâlems accompagnés de leurs musiciens danseurs (quasi acrobates) : Mahmoud El Filali, Hassan Boussou, H'mida Boussou, Omar Hayat, Abdenbi El Gadari, Abdeslam Belghiti, Brahim El Belkani, Mahmoud Guinea, Hamid El Kasri, Abdellah El Gourd, Hicham Merchane, Abdelkébir Merchane, Abdellah Guinea, Allal Soudani, Abdelkader Amlil, Mahjoub Laghnaoui, Abdeslam Alikane, Chérif Regragui, Abderrahim Benthami… Voir aussi www.festival-gnaoua.co.ma La carte côtière se dessine pour guider mon parcours lors de ce voyage où je suis estivante de festival… Je remonte la côte vers Casablanca. Je sais que mes parents y ont vécu un temps, dans les années soixante, à l'écoute des échos de la ville natale de mon frère aîné, je la parcours à la recherche des organisateurs de Rawafid. Top - Festival d'Essaouira - Festival Rawafid à Casablanca - Festival Timitar à Agadir « Rawafid », le festival des migrants a eu lieu du 1 er au 4 juillet à Casablanca.L'hôtel Washington de Casablanca - lieu de passage, escale du voyageur depuis 1951 - abrite quelques uns de ces oiseaux migrateurs musiciens enchanteurs et se transforme en QG (pacifique) à l'occasion du festival "Rawafid". Rawafid désigne le confluent, le point de jonction, le lieu de rencontre… Comme le fleuve, une vie de migrants et d'exilés qui coule, pas toujours tranquille, et qui nourrit pourtant l'inspiration de ces artistes programmés à l'occasion de la septième édition du festival. Initialement destiné à promouvoir les créateurs marocains vivant à l'étranger, « Rawafid » étend sa définition aux artistes migrants ou exilés de diverses origines et leur propose une scène en plein air sur la majestueuse place Mohamed V. Faisant face à la préfecture, 24/22m de plateau pour laisser place à la musique avec une régie technique impressionnante. Une table de mixage Midas de 48 pistes pour le son en façade et à peu près autant pour les retours sur scène. Côté éclairages, du matériel de niveau professionnel qui permet d'offrir des spectacles de qualité. La régie est assurée par une équipe active jusqu'au démontage de la fin de soirée, sous la houlette du directeur technique Hassan Benjeddi, avec - entre autres - la collaboration de Farid Regragui. Une conférence de presse a été donnée le 01/07/2006 à 11h en ouverture du festival. Un moment "officiel" pourtant plein d'émotions lorsque le leader du Golden Gate Quartet nous annonce que leur tournée d'adieu débutera en 2007. Le festival "Rawafid" est organisé sous le haut patronage de sa Majesté le Roi Mohamed VI (voilà pour le côté protocolaire) en collaboration et avec le soutien des Autorités Locales, de la Fondation Hassan II, ainsi que de la Fondation "Banque Populaire pour l'Education et la Culture" et la Société Nationale de Radio et Télévision Marocaine. L'ouverture a été lancée en présence des représentants officiels : Chaque soir à partir de 21h, la place vibre au rythme de ces groupes venus d'ailleurs qui proposent une prestation toujours pleine d'enthousiasme. Le public casablancais, friand de rythmes endiablés est toujours présent en nombre et suit invariablement cette programmation avec une réjouissance certaine. Une occasion de fête et de liesse au grand air qui permettent de sortir de l'ordinaire et de la vie quotidienne. Les rappels sont toujours de la partie et la foule se dissipera seulement après l'annonce de la fin des festivités et du rendez-vous pris pour le lendemain "Illa Lika".... Programmation : Dimanche 02/07/2006 : Hanino (raï - d'Oujda vivant en France) Lundi 03/07/2006 : Momo Cat (reggae - né à Kenitra et vivant en Finlande) Mardi 04/07/2006 : Houssaine Kili (fusion amazigh et gnawa - d'Agadir vivant en Allemagne) Un festival haut en couleur qui permet au public casablancais de découvrir la création des migrants et qui ouvre une passerelle entre des artistes d'horizons différents qui ont en commun un choix .... Celui de la musique métissant tradition et modernité doublée d'un certain sens de la fête. Ce festival gagnerait à être mieux connu, il gagnerait aussi en intérêt si l'infrastructure d'accueil permettait aux artistes de se retrouver musicalement pour croiser leurs musiques et « jamer » au milieu de la nuit sans empêcher les occupants de l'hôtel de dormir, après les concerts, une fois que la place Mohamed V est redevenue tranquille, rendue toute entière aux visiteurs de sa préfecture.... Pour les détails http://www.minculture.gov.ma Ma mère me parlait des secousses qu'elle ressentait à Casablanca la nuit du 29 février 1960, lors du tremblement de terre d'Agadir. Remonter la côte encore, de Casa vers Rabat pour tenter d'y rencontrer la délégation belge du CGRI avant de redescendre sur Agadir. Après 14h de route avec le bus de la CTM, une nouvelle ville, un autre climat… Le festival TIMITAR a eu lieu du 11 au 16 juillet 2006 à Agadir… Cette fois, c'est le privé qui finance et ça se voit. Un festival de grande envergure dont je n'avais jamais entendu parler alors qu'il en est à sa troisième édition. Un dispositif assez impressionnant constitué de trois scènes en plein air. A travers ce festival doté de moyens conséquents grâce aux sponsors publics et privés, la Région Souss Massa Drâa réaffirme tout l'attrait touristique des provinces du sud du Royaume et au-delà, elle tente de favoriser le rayonnement de la ville d'Agadir. A quelques carrefours de là, une seconde scène : le bel amphithéâtre « Théâtre de Verdure » qui peut accueillir 3.000 spectateurs. On s'approche de la scène en descendant les marches d'un escalier de béton qui permet au public d'assister aux concerts assis. L'arc de cercle est à ciel ouvert, le « Théâtre de Verdure » offre un espace aux belles dimensions. Il vous reste à imaginer le spectacle quand la musique est bonne et que le ciel est étoilé! Enfin, la scène "Bijaouane" (25.000 spectateurs), au bas de la ville. Elle est située à proximité de la plage. Une scène ouverte sans écran, généreuse mais moins grande que celle de la place El Amal. A vue de nez, un plateau comparable à notre bruxelloise "Orangerie du Botanique". La scène de « Bijaouane » est éloignée des habitations et les concerts peuvent se clôturer plus tard dans la nuit. Un dispositif impressionnant tant sur le plan technique qu'au niveau de la main d'œuvre active ; également du côté de la présence policière. Timitar propose une programmation variée avec des stars internationales, pas forcément en lien avec la musique berbère, et des groupes locaux plus ou moins traditionnels. Il y est question de « témoigner de la richesse des musiques amazighs, de la vitalité de la création contemporaine et de l'actualité de la production musicale mondiale ». La musique "amazigh" (berbère) est à l'honneur et la population d'Agadir est venue en nombre avec, ça et là, le drapeau berbère qui s'agite. Parfois aussi s'agitent quelques extrémistes… Je pense à un marocain qui m'a rabrouée en Anglais parce que je lui parlais en Arabe... Ces berbères qui nous rappellent d'autres minorités culturelles qui s'expriment en musique. Du côté celte, Alan Stivell fidèle à ses atmosphères planantes. Notons aussi la présence de Jimmy Cliff, une légende, de Lo Jo venu de France, de la très connue Oumou Sangare, de l'Orchestre National de Barbès, de Cheb Mami… Plus de cinquante groupes et plus de six cents artistes alimentent et enrichissent ce festival festif. Dès 19h, les artistes berbères assurent l'ouverture de chaque soirée avec une musique traditionnelle. Il y a ensuite les grandes voix marocaines comme Najat Aatabou, Karima Skalli, Jil Jilala, Cherifa … Il y a aussi les groupes formés autour de marocains résidents à l'étranger comme Binobin, Aflak et Monsif, … Puis il y a les groupes berbères qui ont crée une musique métissée, emprunte de modernité comme Imghrane, Inouraz, Izenzaren Chamkh, Iguidar,… Il reste qu'à côté de cette très grande qualité de musique (programmation excellente et diversifiée), la principale difficulté de ces événements ambitieux et professionnels est de garantir le délicat équilibre entre puissance du volume et clarté de chaque instrument, sans desservir les voix. Le défi n'a pas toujours été relevé mais chaque fois qu'il l'a été, le plaisir était décuplé. Ce séjour me rappelle à quel point il est vrai que le Maroc est pays de contraste. Je savoure, le visage tout souriant, je m'enthousiasme. Il nous propose de nombreux festivals, tout l'été, et même dès le printemps, avec un public averti qui se mêle à la véritable liesse populaire pleine de charme et de vraies qualités. Des festivals très au point sur le plan technique et au niveau de leur programmation. Enfin, et d'avis unanime, le Maroc n'a pas failli à sa légendaire réputation … La convivialité avant tout! Pour les détails concernant la programmation très fournie http://www.festivaltimitar.com Top - Festival d'Essaouira - Festival Rawafid à Casablanca - Festival Timitar à Agadir |